2e partie : quels espaces pour la nature en BW ?

Le 02 juin, à l’initiative d’Ecolo Brabant wallon, 13 experts de la biodiversité nous ont partagé leurs inquiétudes sur l’état de la biodiversité, mais aussi les solutions pour arrêter le mouvement actuel, qui détruit les espèces animales et végétales, et leur habitat. Après avoir constaté l’impact énorme de l’agriculture et des modes de consommation dans un précédent article, nous aborderons la question de l’espace laissé à la nature et aux espèces animales en BW.

Sous la pression de l’urbanisme et de l’activité agricole, notre province ne peut plus accueillir la biodiversité. En Brabant wallon, seuls 0,2 % du territoire sont protégés. Les zones qualifiée « d’intérêt biologique » sont très peu nombreuses, et il n’existe même pas de cartographie des zones intéressantes pour la faune en Wallonie. Laissés sans protection, les habitats disparaissent sous les lotissements. Pourtant, une politique d’aménagement proactive pourrait freiner, voire arrêter ce mouvement.

En devenant ministre wallon de l’aménagement du terroitoire en 2009, c’était un des objectifs prioritaires de Philippe Henry : structurer le territoire pour accueillir la nature et éviter d’étaler encore l’urbanisation. Car la Belgique a une spécialité presque unique au monde : la « rubanisation », l’art d’étaler les logements 4 façades le long des routes en rognant toujours plus sur les zones non urbanisées. Malheureusement, après de longs mois de travail et l’accouchement d’un texte juste avant la fin de la législature, le gouvernement qui a succédé a détricoté le projet. La structuration du territoire n’est dès lors plus à l’ordre du jour en Wallonie.

L’autre priorité, c’était de faire en sorte qu’une réflexion sur l’impact sur la nature accueille tous les projets d’aménagements communaux et régionaux. Il faut en effet replacer cet enjeu à tous les niveaux de pouvoir et chez tous les acteurs. Ce projet a passé la rampe des gouvernements, mais la mise en œuvre concrète de ces mesures est loin d’être acquise…

Face aux enjeux économiques, Philippe Henry a pu constater au cours de son mandat la difficulté de faire de la biodiversité un enjeu politique important. Alors que les politiques climatiques deviennent petit à petit plus « consensuelles », la biodiversité reste un thème très éloigné des autres formations politiques. Un exemple parmi d’autre : la commission « agriculture et nature » du Parlement wallon ne parle que de chasse, et beaucoup trop peu de nature. Il y a pourtant urgence, et c’est aujourd’hui qu’on doit décider et mettre en œuvre les actions en faveur de la biodiversité. Sa conclusion : il y a beaucoup de monde à convaincre, mais la partie n’est pas encore perdue!

Protéger ce qui peut encore l’être

Pour changer les choses durablement, la priorité va à la protection et la multiplication des zones dédiées à la nature. C’est la position défendue aussi par Julien Taymans, Président de Natagora BW. Il identifie plusieurs types d’espaces pour la biodiversité : les plus importantes sont les « zones centrales » de la biodiversité, rares et menacées, à préserver en priorité. Il s’agit, en BW, des zones humides, des milieux aquatiques, les prés maigres acides qui hébergent des orchidées(spécifiques au BW), les pelouses calcaires, les landes à bruyères ou les carrières de porphyre. On trouve des zones de ce type un peu partout en Brabant wallon. Elles doivent être dédiées en priorité à la nature.

A un autre niveau, on trouve des zones d’habitat plus répandues, mais qui sont des écrins de la biodiversité, parties importantes d’un réseau écologique à l’échelle de la province : les zones agricoles et leur cortège d’espèces d’oiseaux menacées, les forêts (boulaies, hêtraies, aulnaies…). Ces zones peuvent être exploitées, mais dans le respect de la nature et avec des mesures spécifiques pour le développement de la biodiversité.

En Brabant wallon, Julien Taymans constate que seuelement 3,6 % du territoire est constitué de zones d’intérêt biologique. Pour que ces habitats aient une réelle utilité pour la nature, il faudrait qu’au minimum 5 % de la surface du territoire soit protégée. En ce qui concerne les réserves naturelles, ont est encore plus loin du compte : seuls 0,2 % du BW est protégé ! Et les zones Natura 2000 ne bénéficient pas d’un statut de protection suffisant pour développer la biodiversité…

La pression sur toutes ces zones est importantes, en BW. Même les zones centrales sont menacées par l’urbanisation : la Butte IBM, l’ancien circuit automobile à nivelles, la prairie humide à Rosières, les zones concernées par les contournements de Jodoigne, Wavre, Braine-L’Alleud ou Tubize…

Dans ce contexte de manque d’espace pour l’expression de la biodiversité, une priorité : protéger les espaces naturels restants ! Le plus vite possible, il faut protéger efficacement toutes les zones centrales du Brabant wallon. Une fois qu’elles sont hors de danger, il s’agira d’étendre à minimum 5 % du territoire les zones d’intérêt biologique à protéger, en osant « désurbaniser » les zones du plan de secteur qui sont urbanisables. C’est à cette seule condition que nous pourrons sauver les espèces qui sont déjà menacées en BW : bruand proyer, tourterelle des bois, vanneau huppé, triton à crête, crapeau calamite, lézard…

La Ville, zone morte de la biodiversité ?

Parallèlement à la protection des milieux naturels du BW, Marc Dufrêne, chercheur à l’ULiège attire notre attention sur un potentiel foyer de biodiversité souvent oublié : les villes.

En construisant des réseaux écologiques, comme cela s’est fait à Cologne et dans d’autres villes, on fait rentrer la biodiversité dans les villes via des « corridors verts ». C’est bon pour la nature, et c’est bon pour les habitants dont le cadre de vie s’améliore. La méthode : une réflexion globale pour connecter les réseaux internes et externes entre eux. Créer des liens de nature entre les habitats extérieurs à la ville (fôrets, prairies, etc.) et ceux de l’intérieur (arbres, parcs, jardins). Cela implique de préserver les milieux naturel qui entourent les villes.

Le Brabant wallon, qui concentre villes moyennes, banlieues et espaces ruraux est sous pression à ce niveau : il faut recréer les zones de transition (tampons) entre villes et villages, qui n’existent presque plus. C’est l’enjeu de la structuration du territoire qu’on abordait plus haut : l’urbanisation en ruban occupe les espaces disponibles, la pression agricole transforme les prairies en mono-culture. Et Marc Duchène de citer en exemple le projet « green city » à Philadelphie, où chaque projet d’aménagement est tenu de respecter les options de biodiversité fortes qui ont été définies. La ville se pare de vert et la nature y revient, en lien avec les zones extérieures à la ville.

Pour y arriver, il faut des options politiques fortes en matière d’urbanisme, à tous les niveaux : la Région est compétente au premier niveau, mais les Communes ont un rôle énorme à jouer, comme le montrent les exemples de Cologne et Philadelphie ! Dans le prochain article, nous verront comment les Communes peuvent favoriser la biodiversité, notamment au travers de l’intervention de Julie Chantry, échevine de l’environnement à Ottignies-Louvain-la-Neuve.

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